Géomatique et inégalité d’accès aux soins : un mariage à consolider !

Quand nous parlons d’inégalités d’accès aux soins, de quoi parlons-nous exactement ?Des travaux pour définir, quantifier et approcher géographiquement cette notion ont été initiés et méritent d’être encouragés et approfondis. Cet article se propose de faire un analyse des approches mathématiques & géographiques existantes de l’inégalité d’accès aux soins sur le territoire français.

  • De quel(s) soin(s) parle-t-on ? — Urgences, premier recours, second recours, etc ?
  • De quel accès parle-t-on ? — Spatial/géographique, temporel (délai de rdv), droit social (CMU/ALD, etc), financier (secteur 1/2) ?
  • De quelles inégalités parle-t-on ?

1️⃣ DREES et Irdes : création de l’indicateur APL

Cet indicateur APL (accessibilité potentielle localisée) permet de « mesurer » et comparer les territoires en terme d’offre et demande de soins(cf p21 rapport DREES : « Déserts médicaux : comment les définir ? Comment les mesurer ? » — Cliquez ici pour le consulter)

Extrait du rapport

« Cet indicateur synthétique permet de tenir compte à la fois de la proximité et de la disponibilité des médecins. Il est donc plus fin et plus opérant que les indicateurs traditionnels de densité médicale par bassin de vie ou de temps d’accès au professionnel le plus proche. Il intègre également une estimation de l’activité des médecins ainsi que des besoins en fonction de l’âge de la population locale et permet des variantes tenant compte de l’âge des médecins ou encore de leur secteur de conventionnement.»

Limites de cet indicateur :

  • Exprimé en « nombre annuel de consultations/visites par habitant » cet indicateur laisse penser que la seule prise en compte de la quantité de consultations suffit à évaluer et comparer l’inégalité d’accès aux soins sur le territoire. Or la qualité du soin délivré et l’adéquation entre le besoin exprimé et l’offre disponible est tout aussi importante. Une femme enceinte qui a besoin d’un gynécologue n’a pas besoin d’un oncologue, tout 2 étant « médecin ». Comment approche-t-on et évalue-t-on l’offre et la demande de soins avec ce degré de finesse ?
  • De plus, la gestion des pathologies chroniques mobilisant des équipes de soin s pluridisciplinaires est une tendance forte. Elle n’est pas prise en compte dans cette démarche qui approche exclusivement la population de médecins. Peut-on évaluer l’offre de soins d’un territoire en se limitant uniquement aux médecins ?
  • Le rapport précise que :

« L’APL est un indicateur paramétrable (choix des médecins pris en compte, choix des seuils de distance, norme de quantification de l’activité, pondération des patients en fonction de leur âge…). Ces paramètres peuvent modifier assez sensiblement les résultats obtenus. »

Quel degré de fiabilité peut-on accorder à cet indicateur ? Pourquoi sa formule mathématique n’est-elle pas publique ?Il a donné lieu à l’arrêté du 13 novembre sur le « zonage médecins ». Ce zonage médecins définit des « territoires de vie santé » (qui n’ont aucune existence administrative). > Cliquez ici pour consulter le zonage

2️⃣ CartoSanté par l’ensemble des ARS & l’Assurance Maladie

Un outil de visualisation de data sous format cartographie peu interactive, non modulable avec des effets frontières importants, ne tenant pas compte des mobilités.

> Cliquez ici pour consulter l’outil

3️⃣ Santégraphie par l’ARS IDF

Un outil de visualisation et de traitement des data sous format cartographie interactive, modulable selon les échelles. L’outil le plus abouti à ce jour dont l’usage est restreint à la seule ARS IDF.

> Cliquez ici pour consulter l’outil

💬 Un salarié du GSC Sesan travaillant sur ce projet nous a fait découvrir la version la plus élaborée en terme de traitement de données de ce qu’ils ont pu réaliser : une carte permet de savoir en temps réel, dans tous les hôpitaux d’Ile-de-France, combien de personnes sont en attente aux urgences, en cours de prise en charge, dans les transports pour y être conduit. L’impact d’une intelligence artificielle pour améliorer la répartition et la régulation des urgences en Ile-de-France sur la base d’un tel traitement de données pourrait être énorme !

Limite de ces outils : la non prise en compte de la mobilité des personnes.

Il semble que l’ARS IDF travaille sur ces éléments puisque Yannick Le Guen, directeur de la stratégie, a tenu des propos de cet ordre à une conférence Paris Dauphine en avril 2018 :

« Nous observons que les gens ne consomment pas majoritairement le soin là ou ils vivent. La mobilité professionnelle encourage à aller consommer du soin près de son lieu de travail. Mais cela ne peut être vrai pour une personne âgée qui a des problèmes de mobilité ! ».

👉 Qualifier les populations (âges, sexe, natalité, etc), comprendre les comportements et habitudes de chacun ( les plus de 65 ans ont une consommation de soins supérieure à la moyenne), les segmenter est donc central pour faire des propositions adaptées. Modéliser ces informations sur des cartes en tenant compte des mobilités construirait une approche moderne de la gestion de l’égalité de l’accès aux soins.

À titre d’exemple, voici les derniers travaux par les chercheurs du CNRS et de l’UMS RIATE en matière de modélisation des besoins de maternité dans la Nièvre :

Crédits : T. Giraud (CNRS, UMS RIATE), R. Ysebaert (Université de Paris, UMS RIATE) & H. Pecout (CNRS, FR CIST)

Auteure : Justine HENRY.